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By Pablo de ROULET, Le Courrier , Geneva (in french)
Les investissements pétroliers stimulent la construction d'infrastructures de luxe.
La ville de Bamako est engagée dans une transformation profonde. D'ici à quelques années, le visiteur, touriste, commercial, coopérant ou émigré de retour au pays s'en rendra compte dès son entrée dans la nouvelle aérogare flambant neuve de Bamako-Sénou. Après les formalités d'usage, l'arrivée au centre-ville par l'un des ponts du Niger permet d'observer la nouvelle cité ministérielle déjà en construction, puis de clinquants hôtels et banques le long des rives réaménagées sur plusieurs kilomètres.
Avec un peu de chance, le nouveau pont de l'Amitié et l'échangeur de l'avenue Kwame N'Krumah permettront peut-être d'échapper aux embouteillages. Résultat: «Le Mali aujourd'hui peut accueillir n'importe quelle conférence ou rencontre internationale», résumait au Journal du Mali, début septembre, Oumar Balla Touré, directeur de l'Office malien du tourisme et hôtellerie.
Les développements récents de Bamako permettent de prendre la mesure de l'importance des nouveaux flux de capitaux au Mali. Venus essentiellement de pays pétroliers, ceux-ci laissent leur trace dans la toponymie urbaine. Ainsi, le «pont du roi Fahd» a été financé à travers l'Organisation de la conférence islamique, et la Cité Venezuela, un ensemble de logements sociaux pour 860 familles, a été construit grâce à des dons. Mais la société d'investissement Malibya et d'autres privés libyens constituent les principaux bailleurs de fonds étrangers. Alors que le savoir-faire chinois est mis à profit pour les travaux d'ingénierie. Les investissements les plus importants se concentrent toutefois sur des projets dispendieux, symboles d'un urbanisme de prestige, plutôt que sur les besoins des quartiers pauvres ou modestes. Un seul exemple: le système d'égouts est vétuste et à ciel ouvert. Souvent utilisé comme décharge, le réseau se traduit par un ensemble relié de cloaques ensablés, dans lesquels pataugent ordures ménagères et moustiques.
Une couverture dallée et un écoulement d'eau plus régulier épargnent ce désagrément aux quartiers plus cossus. Les développements d'un nouveau pont et d'un échangeur, destiné à décongestionner le trafic dans cette ville de deux millions d'habitants, risquent de leur côté d'aggraver la ségrégation urbaine.
Les différents quartiers de Bamako se sont longtemps distingués par «un niveau frappant d'hétérogénéité», pour reprendre les mots de l'urbaniste Austin Kilroy, du Massachusets institute of technology (MIT). Mais l'accroissement des écarts entre riches et pauvres depuis la décennie des années 1990, mettant à mal l'importante mixité sociale qui caractérisait la capitale, s'est accompagné d'un développement de quartiers riches à forte valeur foncière et immobilière. Certains sont nouveaux, tel l'ACI 2000, ou revalorisés, comme le quartier de l'Hippodrome et ses dizaines de piscines privées. Une circulation facilitée a toutes les chances d'accélérer le phénomène. On peut noter, à ce titre, le premier quartier entouré de murs bientôt en construction, Canal 2.
«Le site offre un cadre de vie très agréable à l'abri des nuisances de la ville», proclame fièrement une publicité de la Société immobilière et foncière du Mali, vendant des parcelles d'une communauté protégée proche du futur pont de l'Amitié. La cité ministérielle flambant neuve – dont l'aspect de gâteau de mariage favorise une unité esthétique avec les autres constructions libyennes – concentrera les principales administrations sur un périmètre de quelques hectares cerclé de barrières. Ainsi, le modèle actuel qui voit la dispersion de celles-ci sur plusieurs quartiers auxquels ils sont intégrés touche à sa fin.
L'investissement dans l'amélioration des services urbains de base n'est pas absent, mais il est nettement moins important. Et pour cause, ceux-ci sont à la charge de la mairie de Bamako – dans un pays où seul un pourcentage très maigre de la fiscalité revient aux municipalités – ou de petits privés. Ces derniers gèrent le ramassage des poubelles, en se finançant grâce aux «clients» capables de payer pour ce service.
Si on peut également constater le développement de projets clairement orientés vers la qualité de vie de la population, comme le nouvel hôpital universitaire Gabriel Touré, le tableau global est bien celui d'un développement urbain très inégalitaire. Suivant un modèle déjà présent dans d'autres pays du tiers monde, deux types d'espace se mettent en place de façon connexe. Le premier, destiné à une minorité privilégiée et aux investisseurs ou ambassadeurs étrangers, concentre les richesses et les investissements. Le second, celui d'une majorité pauvre, ne bénéficiera que des miettes des grands développements urbains.
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